Le sentiment de  solitude : quand l’absence des autres devient rencontre avec soi 

homme seul dans un banc au bord de la mer

Nous avons déjà tous ressenti cette ombre familière, parfois au milieu d’une pièce bondée, parfois aucrépuscule dans le silence d’un appartement ou après la fin d’une relation.

La solitude fait partie intégrante de la condition humaine, et pourtant elle demeure quelque soit l’âge l’un des motifs de consultation les plus fréquents en cabinet de psychologie.

Dans une société hyperconnectée où l’injonction au lien est permanente, où l’important est d’être populaire pour les jeunes ou d’avoir de nombreux amis pour les moins jeunes, avouer que l’on se sent seul ressemble souvent à un aveu d’échec.

Pourtant la psychologie clinique nous apprend à faire une distinction fondamentale : celle qui existe entre la solitude subie, parfois mais pas toujours accompagnée d’un isolement relationnel et la solitude choisie.


1)La souffrance de l’isolement : quand la solitude blesse.

Il est essentiel de différencier l’isolement objectif ou réel du sentiment de solitude. Une personne peut être très entourée et souffrir malgré tout d’une profonde solitude intérieure, tout comme une personne vivant seule peut se sentir pleinement reliée au monde.

Le sentiment de solitude subie survient lorsque la qualité ou la quantité de nos relations ne répond pas à nos besoins affectifs. Ces expériences de solitude subie vont être marquées par du désespoir, les personnes se disent qu’il est inutile de lutter on y changera rien.

De ce fait la solitude s’installe alors sur le long terme entraînant une anxiété chronique en :

-Interprétant la neutralité d’autrui comme un rejet potentiel « je n’ai rien à dire d’intéressant pourquoi viendrait-on vers moi ».
-Favorisant une baisse de l’estime de soi « si je suis seul( e ) c’est que je ne vaux pas la peine d’être aimé (e ). »
-Faisant renaître un sentiment d’abandon peut-être déjà connu.
-Entraînant un repli sur soi paradoxal : la peur d’être blessé amène à s’isoler davantage fermant ainsi la porte aux rencontres possibles.

Ce cercle vicieux est douloureux, mais il n’est pas une fatalité. Il constitue souvent le signal d’alarme d’un besoin non satisfait.


2) La solitude comme miroir de notre monde intérieur.

En consultation, le rapport à la solitude agit souvent comme un révélateur ; lorsque l’on retire les distractions extérieures – les bruits des réseaux sociaux, les sollicitations professionnelles, les sorties – que reste-t-il ?

Pour beaucoup ce silence est vertigineux. Il laisse émerger des pensées enfouies , des blessures anciennes, des deuils non élaborés ou des peurs existentielles. C’est la raison pour laquelle nous cherchons fréquemment à meubler le vide à tout prix. Nous remplissons nos agendas pour éviter le face à face avec nous-mêmes.

Pourtant fuir la solitude c’est aussi fuir la possibilité de se connaître.

La manière dont nous habitons la solitude reflète la relation que nous entretenons avec nous-mêmes.
Si l’on ne s’aime pas ou si l’on se juge sévèrement, être seul revient à être en mauvaise compagnie.

3) Apprivoiser le silence : transformer la solitude en ressource.


En psychologie, la capacité à être seul est considérée comme un signe de maturité affective.
Le psychanalyste Donald Winnicott soulignait que cette capacité se développe dès l’enfance,
lorsque l’enfant apprend à jouer seul en présence d’un adulte peu éloigné.

A l’âge adulte, réapprendre à apprivoiser la solitude permet de la transformer en un espace
de création, de repos et de ressourcement.

Voici quelques pistes cliniques pour modifier votre rapport à la solitude :

–Comprendre grâce à un accompagnement psychologique ce que veut dire ou signifier cette peur d’être seul et également petit à petit grâce à la thérapie apprivoiser la solitude pour ne plus la subir.

-Restaurer l’estime de soi et trouver sa place dans son environnement familial ou social.

-Changer de regard sur le vide : le silence n’est pas une absence, c’est une présence à soi- même. Plutôt que de voir un moment seul comme un manque de liens pourquoi ne pas l’envisager comme un rendez-vous avec votre monde intérieur ? Ce serait alors un moment privilégié pour créer, méditer, lire ou simplement faire le point.

-Soigner son dialogue intérieur
Observez la façon dont vous vous parlez lorsque vous êtes seul. Etes-vous bienveillant avec vous-même ?

Est-ce que vous vous traitez comme vous traiteriez un ami cher ?
Devenir un compagnon agréable pour soi-même est le premier pas pour ne plus se sentir tout à fait abandonné.

-Privilégier la qualité du lien à la quantité

Pour sortir de la solitude subie ne cherchez pas à multiplier les connaissances superficielles. Concentrez-vous sur des relations authentiques où vous pouvez être pleinement vous-même sans masque ni posture. Une seule relation nourrissante suffit parfois à briser le sentiment d’isolement.

4)Un chemin vers des relations plus saines.

Paradoxalement, c’est en apprenant à bien vivre seul que l’on apprend à bien vivre avec les autres. Lorsque nous dépendons absolument de l’autre pour combler notre vide intérieur, nous risquons de développer des relations de dépendance affective. Nous ne choisissons plus l’autre pour ce qu’il est mais pour qu’il apaise notre peur du vide.

Savoir habiter sa propre solitude permet d’aller vers l’autre par désir et non par besoin. C’est le fondement de liens libres, équilibrés et épanouissants.

Si la solitude que vous traversez aujourd’hui est trop lourde à porter ou ravive des souffrances trop profondes, un accompagnement thérapeutique peut vous aider à traverser cette étape pour en faire un levier de reconstruction.

Découvrez mes autres articles